End of Days arrive sur Prime Video : faut-il (re)voir le Schwarzenegger oublié de 1999 ?

Image officielle du film End of Days (La Fin des temps) avec Arnold Schwarzenegger — disponible sur Prime Video
End of Days (La Fin des temps) — Image officielle via TMDB

End of Days a tout pour passer inaperçu en 2026 : un film de 1999, un Schwarzenegger qui jouait à contre-emploi, un score Rotten Tomatoes catastrophique de 11 %, et un genre — le thriller fantastico-religieux — que plus personne ne tourne. Pourtant, depuis le 1er avril, le film vient de débarquer sur Prime Video France, et il s’est rapidement glissé dans les recommandations algorithmiques. La curiosité est légitime : qu’est-ce qu’on retrouve dans ce End of Days quand on le ressort de l’oubli vingt-six ans plus tard ? Voici le synopsis exact, le casting, ce que la critique et le public en disaient à l’époque, et la vraie question — est-ce qu’il vaut deux heures de votre temps ce printemps ?

Un Schwarzenegger fragile face au Diable : le pitch en 1999

End of Days se passe à New York pendant les ultimes jours de 1999, alors que la planète attend l’an 2000 entre fascination et anxiété. Arnold Schwarzenegger y joue Jericho Cane, un ancien policier de la NYPD reconverti dans la sécurité privée, alcoolique, brisé par la perte de sa femme et de sa fille. Sa mission le bascule dans un cauchemar surnaturel : protéger une jeune femme, Christine York, choisie depuis sa naissance pour donner naissance à l’Antéchrist à la stroke de minuit du 31 décembre 1999. Face à lui, c’est tout simplement Satan en personne, qui a pris la forme d’un homme d’affaires charismatique débarqué dans les rues de Manhattan pour conclure le rituel.

Le pitch peut sembler farfelu sur le papier, et c’est précisément ce qui a piégé End of Days en 1999. Le film arrive en pleine vague de cinéma apocalyptique — Stigmata, La Fin des temps déjà annoncée par Le Diable s’habille en avocat l’année précédente, et la fameuse psychose du bug de l’an 2000 qui parasitait toute la culture populaire. Schwarzenegger sortait d’une décennie de blockbusters d’action comique (Last Action Hero, True Lies, Junior, Eraser, Batman & Robin), et le public ne savait plus tout à fait quoi faire d’un Arnold suicidaire et tourmenté qui ne lance pas de punchline avant de tirer.

Peter Hyams aux commandes : un réalisateur fait pour le climat

Derrière la caméra, on retrouve Peter Hyams, un nom qu’on n’entend plus beaucoup mais qui a signé une carrière de techniciens spécialisés dans le thriller atmosphérique : Capricorn One sur la conspiration spatiale, 2010 : L’Année du premier contact, Outland, Timecop avec Van Damme. Hyams est aussi son propre directeur de la photographie, et c’est probablement la signature visuelle la plus identifiable de End of Days : un New York noir, gras, plombé, où chaque rue ressemble à un tunnel à peine éclairé. Pour un thriller religieux qui pioche dans les codes du film d’horreur, ce parti-pris fonctionne à plein régime.

Le scénario d’Andrew W. Marlowe — qui signera plus tard la création de la série Castle — joue à fond sur la mythologie chrétienne du livre de l’Apocalypse, sans chercher la nuance théologique. C’est efficace mais grossier, et c’est sans doute ce que la critique a le moins pardonné en 1999. Sur Rotten Tomatoes, le film est resté longtemps à 11 % d’avis favorables, l’un des scores les plus bas de la carrière de Schwarzenegger, devant des films pourtant pires comme Jingle All the Way ou Junior. La critique grand public française a été plus indulgente, mais sans réhabilitation tonitruante.

Gabriel Byrne en Satan, Robin Tunney en jeune élue : le casting qui sauve le navire

Là où End of Days surprend agréablement, c’est dans son casting de soutien. Face à Schwarzenegger, c’est Gabriel Byrne qui campe Satan déguisé en businessman new-yorkais. L’acteur irlandais est parfait dans le rôle, exactement le contraire d’un cliché diabolique : élégant, posé, presque séducteur, avec un humour pince-sans-rire qui rend ses confrontations avec Schwarzenegger électriques. C’est une performance qu’on cite encore aujourd’hui parmi les meilleurs Satans du cinéma américain, à mettre dans le panier d’un Al Pacino dans L’Associé du diable ou d’un Robert De Niro dans Angel Heart.

À ses côtés, Robin Tunney joue Christine York, la jeune femme désignée pour porter l’Antéchrist. Elle apporte au film une fragilité crédible que beaucoup de blockbusters de l’époque sacrifiaient à la beauté plastique. Le casting secondaire est solide : Kevin Pollak en partenaire de Schwarzenegger qui apporte la bouffée d’humour, CCH Pounder en flic, Rod Steiger en prêtre catholique, Udo Kier en figure mystique. Pour un film catalogué B-movie, c’est une distribution étonnamment riche, et c’est probablement ce qui le sauve aujourd’hui d’un visionnage fastidieux.

212 millions de dollars au box-office : un succès commercial mal-aimé

Côté chiffres, End of Days a en réalité fait un parcours tout à fait honorable en salles. Le film a engrangé 212 millions de dollars de recettes mondiales pour un budget de production estimé autour de 100 millions, ce qui le classe parmi les succès commerciaux corrects de Schwarzenegger sur cette période — pas un blockbuster Terminator, mais loin d’un échec. Le décalage entre cet accueil public et le rejet critique a posé une vraie question à Universal Pictures à l’époque : pourquoi le grand public est-il allé voir le film alors que les médias l’avaient enterré ?

La réponse tient dans la promesse marketing. Schwarzenegger affrontant le Diable dans une apocalypse new-yorkaise sur fond de bug de l’an 2000, c’était une accroche en or pour la fin 1999, peu importe le verdict critique. Le film a fonctionné comme un événement-spectacle, un dernier blockbuster d’action pour boucler la décennie. Avec le recul, on peut le voir comme un objet hybride entre le cinéma religieux à la Stigmata et le pur vehicule d’action — un mélange que le retour récent de Fight Club sur Netflix vingt-six ans après sa sortie rappelle bien : la fin des années 90 sortait des objets-cinéma jamais vraiment digérés à l’époque, qui prennent un autre relief en streaming aujourd’hui.

Pourquoi le film a été rangé dans la catégorie « Schwarzenegger oublié »

End of Days porte une tare qui n’a rien à voir avec ses qualités intrinsèques : il est sorti deux mois avant le tournant chirurgical de la carrière d’Arnold. Quelques semaines après, l’acteur publie son livre de prise de parole politique, et en 2003 il est élu gouverneur de Californie, mettant en pause toute sa filmographie pendant sept ans. Quand il revient au cinéma en 2010, c’est avec The Expendables, Le Dernier Rempart et un casting qui le repositionne sur le créneau « action vétéran ». End of Days, sorti dans la zone grise entre la décennie d’or et la pause politique, n’a jamais trouvé sa place dans l’imaginaire collectif schwarzeneggerien — coincé entre un Arnold blockbuster et un Arnold senior réinventé.

Côté distribution post-théâtrale, le film a été disponible en DVD puis en Blu-Ray, mais sans grand effort éditorial : pas d’édition collector, pas de bonus enrichi, pas de relecture critique notable au moment de la sortie. Il a fini comme un titre du fond de catalogue Universal, occasionnellement programmé en seconde partie de soirée à la télévision française, jamais proposé en vraie soirée hommage. C’est ce statut de film de fond de tiroir qui rend son arrivée sur Prime Video aujourd’hui presque amusante : la plateforme l’a déterré sans tambour ni trompette, mais l’algorithme commence à le pousser auprès des amateurs de thrillers années 90.

Faut-il (re)voir End of Days en 2026 sur Prime Video ?

La question se pose différemment selon votre profil. Si vous êtes un fan de Schwarzenegger qui pense avoir tout vu, c’est clairement le chaînon manquant : End of Days montre un Arnold à contre-emploi, fragile, parfois larmoyant, qui prouve qu’il avait une amplitude que ses scénarios habituels ne lui laissaient jamais explorer. Pour ce profil, le film est une vraie surprise, et probablement un meilleur visionnage en 2026 qu’en 1999, avec le recul. Si vous cherchez du blockbuster d’action pur, en revanche, End of Days vous frustrera : trop lent dans son premier acte, trop bavard dans son deuxième, trop mystique dans son troisième, ce n’est pas un Total Recall.

Si vous êtes amateur de thrillers fantastiques années 90 (du Sixième Sens à Stigmata en passant par L’Associé du diable), End of Days mérite d’être placé dans votre liste : il n’est pas le meilleur du genre, mais il en a tous les codes, avec le bonus rare d’un Schwarzenegger inattendu. Et pour ceux qui découvrent le catalogue cinéma de Prime Video France ce printemps après l’annonce de Spider-Noir avec Nicolas Cage prévu en mai 2026 sur la même plateforme, End of Days fonctionne comme une porte d’entrée idéale — un film à 4-7 € de location il y a peu, désormais inclus dans l’abonnement, parfait pour une soirée polar atmosphérique sans engagement.

Notre avis final : pour qui le film est-il vraiment fait

End of Days n’est pas un grand film, et il ne le sera jamais. Il a un acte central qui pédale, des choix de mise en scène religieuse qui font sourire en 2026, et un final qui repose lourdement sur les codes d’un blockbuster apocalyptique daté. Mais il a aussi trois forces qui justifient le visionnage : un Schwarzenegger inattendu et plus juste qu’on ne l’imagine, un Gabriel Byrne en Diable inoubliable qui suffirait presque à rendre le film recommandable, et une atmosphère new-yorkaise plombée qui colle parfaitement à un visionnage cocooning de printemps. Pour 0 € en plus de votre abonnement Prime Video, c’est typiquement le genre de film à lancer un dimanche pluvieux quand on n’a pas envie d’investir deux heures dans une nouveauté qu’on suivrait à demi. Ce n’est pas la pépite oubliée à crier sur les toits, mais c’est un divertissement honnête à redécouvrir, et le casting de soutien à lui seul justifie qu’il n’ait pas mérité l’enterrement critique qu’il a subi en 1999.

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