Le Studio Ghibli a produit vingt-cinq longs métrages depuis Le Château dans le ciel en 1986, dont deux Oscars (Le Voyage de Chihiro en 2003 et Le Garçon et le Héron en 2024), plusieurs Ours d’or et une place unique dans l’histoire de l’animation. Pour un spectateur qui découvre le studio, la question se pose immédiatement : dans quel ordre regarder les films du Studio Ghibli ? L’ordre chronologique est une option, mais il fait démarrer avec un film un peu daté techniquement, ce qui rebute certains néophytes. Regarder au hasard expose à tomber sur les œuvres les plus atypiques en premier, avec le risque de passer à côté du charme du studio. Voici le parcours conseillé, testé auprès de nombreuses personnes.
Les cinq films à regarder en premier
Pour commencer, cinq longs métrages forment la porte d’entrée idéale du studio. Le Voyage de Chihiro (2001) ouvre le bal : il est à la fois le plus connu, le plus récompensé et l’un des plus accessibles. Une fillette de dix ans se retrouve piégée dans un bain thermal pour esprits et doit sauver ses parents transformés en cochons. Le film dure 2h05 et séduit aussi bien les enfants que les adultes par son imaginaire déployé.
Ensuite, Princesse Mononoké (1997) pour un ton plus adulte : épopée écologique entre dieux forestiers et peuples du fer. Plus violent que Chihiro, il installe une des thématiques majeures de Hayao Miyazaki : la relation ambiguë entre humains et nature. Troisième film : Mon voisin Totoro (1988), pilier du studio, contemplation tendre de l’enfance dans le Japon rural. Le quatrième est Porco Rosso (1992), aventure aérienne dans l’Adriatique des années 30, accessible sans rien savoir du contexte historique. Enfin, Le Château ambulant (2004) pour l’épopée romantique au cœur d’un monde steampunk.
Deuxième vague : les films majeurs restants
Une fois ces cinq films vus, vous avez une idée claire de l’esthétique Miyazaki. La deuxième vague couvre les œuvres qui approfondissent cette identité. Kiki la petite sorcière (1989) suit une jeune apprentie sorcière qui s’installe dans une nouvelle ville, un récit initiatique d’une justesse rare. Le Château dans le ciel (1986) est le tout premier Ghibli, aventure plus classique mais foisonnante. Nausicaä de la vallée du vent (1984), techniquement pré-Ghibli mais considéré comme fondateur du studio, constitue la référence écologiste de l’œuvre de Miyazaki.
Les trois films suivants sont des chefs-d’œuvre sous-estimés. Pompoko (1994) d’Isao Takahata raconte la lutte désespérée de tanukis contre l’urbanisation de Tokyo, avec un ton tragi-comique unique. Le Tombeau des lucioles (1988), toujours de Takahata, est une œuvre bouleversante sur deux orphelins dans le Japon de 1945. Film difficile émotionnellement, à ne regarder qu’une fois armé. Le Conte de la princesse Kaguya (2013), dernière réalisation de Takahata, s’inspire d’un conte traditionnel japonais avec un style graphique au pinceau qui tranche totalement avec le reste du studio.
Les Miyazaki tardifs et récents
Deux films récents méritent un traitement à part. Le vent se lève (2013) est le film le plus personnel de Miyazaki : un biopic romancé de l’ingénieur aéronautique Jirō Horikoshi, qui conçut le Mitsubishi Zero pendant la seconde guerre mondiale. Œuvre ambivalente, contemplative, saluée par la critique internationale mais qui divise par son sujet. À réserver aux spectateurs habitués à Miyazaki, pas aux néophytes.
Le Garçon et le Héron (2023), long-métrage autobiographique et surréaliste, marque le retour de Miyazaki après dix ans de pause annoncée. Le film a remporté l’Oscar 2024 du meilleur film d’animation. Il est plus exigeant que les précédents : symbolique dense, structure narrative libre, multiples interprétations possibles. Ne commencez pas par lui : c’est un film qui se regarde avec le recul de plusieurs Ghibli dans les bagages.
Les Ghibli non-Miyazaki méconnus
Beaucoup de spectateurs associent le studio au seul Miyazaki, mais plusieurs autres réalisateurs ont signé des œuvres remarquables. Si tu tends l’oreille (1995) de Yoshifumi Kondō est un premier amour adolescent à Tokyo, d’une délicatesse rare. Malheureusement Kondō est mort en 1998 sans avoir pu réaliser d’autre long métrage. Souvenirs goutte à goutte (1991) de Takahata suit une trentenaire qui revisite son enfance lors d’un voyage à la campagne, récit introspectif et doux.
Plus récent, Arrietty, le petit monde des Chapardeurs (2010) d’Hiromasa Yonebayashi adapte les Borrowers de Mary Norton. Film charmant, parfait pour les plus jeunes. La Colline aux coquelicots (2011) de Gorō Miyazaki (le fils) raconte une romance lycéenne au début des années 60. Ces films n’ont pas l’empreinte stylistique forte de Miyazaki mais apportent une diversité de ton précieuse dans la filmographie globale.
Les deux films controversés
Deux Ghibli restent à part dans la collection. Les Contes de Terremer (2006) de Gorō Miyazaki, premier long du fils, adapte librement le cycle romanesque d’Ursula Le Guin. Le film a été mal reçu à sa sortie, Ursula Le Guin elle-même ayant exprimé publiquement sa déception. À regarder par curiosité, pas pour découvrir le studio. Mes voisins les Yamada (1999) de Takahata, en style manga de presse, constitue une expérience visuelle à part. Spectateurs d’humour japonais uniquement, les autres risquent de décrocher.
Comment structurer un marathon
Un week-end Ghibli complet demande environ 45 heures de visionnage cumulées pour l’intégrale. La plupart des fans recommandent plutôt un étalement sur trois à six mois, en mixant films majeurs et œuvres secondaires. Une progression classique fonctionne bien : semaine 1, Chihiro ; semaine 2, Mononoké ; semaine 3, Totoro ; semaine 4, Porco Rosso ; etc. Cela laisse le temps à chaque film de s’installer dans la mémoire.
Pour un visionnage en famille, alternez film adulte et film enfant : après Le Tombeau des lucioles, enchaînez avec Kiki pour redonner un souffle. Après Le Garçon et le Héron, prévoyez du Totoro pour redescendre. Le studio se digère mieux par contrastes.
Où regarder les Ghibli en France
Depuis 2020, Netflix détient les droits mondiaux hors États-Unis pour la quasi-totalité du catalogue Studio Ghibli. Vingt-deux films sont disponibles en streaming direct en France, en version française et version originale sous-titrée. Le Garçon et le Héron est distribué différemment : il est sorti sur le service suite à sa sortie cinéma, mais les disponibilités peuvent varier selon les mois. Le Tombeau des lucioles échappe à Netflix pour des raisons de droits.
Pour une expérience maximale, privilégiez le cinéma quand les salles programment un cycle Ghibli. Le distributeur français Gebeka organise régulièrement des ressorties en copies remastérisées, notamment pour les anniversaires de chaque film. En Blu-ray, la collection complète existe en coffret prestige chez Disney (édition limitée) ou en tomes individuels. Les enregistrements audio sont en 5.1, ce qui restitue pleinement les compositions de Joe Hisaishi.
Ce qu’il faut retenir
L’ordre films Studio Ghibli conseillé pour un nouveau spectateur en 2026 est : Le Voyage de Chihiro, Princesse Mononoké, Mon voisin Totoro, Porco Rosso, Le Château ambulant. Cinq films qui couvrent les genres, les tons et les époques du studio. Ensuite, ouvrez vers Kiki, Le Château dans le ciel, Nausicaä et les Takahata (Pompoko, Kaguya). Réservez Le Tombeau des lucioles, Le vent se lève et Le Garçon et le Héron pour un deuxième passage, quand vous connaîtrez déjà l’esthétique. Netflix centralise la grande majorité du catalogue, ce qui simplifie beaucoup l’accès. Un marathon complet de l’intégrale demande environ 45 heures : étalez sur plusieurs mois pour laisser à chaque œuvre le temps de résonner. Le studio n’est pas un simple label, c’est toute une cinéphilie qui se révèle par couches.
