Treize ans après le dernier épisode de Breaking Bad et trois ans après la fin de Better Call Saul, Vince Gilligan est enfin de retour à la télévision. Sa nouvelle création s’appelle Pluribus, elle est diffusée sur Apple TV+ depuis le 7 novembre 2025, et elle affole déjà les compteurs. Avec un taux d’approbation critique de 98 % sur Rotten Tomatoes, un Golden Globe pour son actrice principale Rhea Seehorn et une saison 2 déjà commandée, la série pose la question : est-ce la nouvelle obsession streaming qu’il faut rattraper en 2026 ? Décryptage.
Sommaire
De quoi parle Pluribus concrètement ?
Le pitch est aussi simple qu’inquiétant. Un virus extra-terrestre transforme la quasi-totalité de l’humanité en une conscience collective pacifique, un « ruche mentale » apparemment heureuse. Sauf Carol Sturka, romancière solitaire incarnée par Rhea Seehorn, qui reste immunisée — et donc l’une des dernières humaines authentiques sur Terre. Le monde qu’elle découvre est paisible, courtois, sans conflit, mais profondément dérangeant parce que chaque individu partage la même conscience.
Vince Gilligan prend le contre-pied parfait du post-apocalyptique classique. Pas de zombies, pas de chaos, pas de violence visible. Juste une gentillesse étouffante qui met mal à l’aise, un silence oppressant dans les rues désertes et une Carol obligée de composer avec une humanité transformée qui la considère à la fois comme une anomalie à guérir et une égale à respecter. Le concept est d’une intelligence rare pour un drame de science-fiction grand public.
Rhea Seehorn : le rôle qui la sacre star
Celle qui incarnait Kim Wexler dans Better Call Saul trouve ici un personnage à sa démesure. Rhea Seehorn porte pratiquement l’intégralité des scènes, avec une palette émotionnelle qui va du déni cynique au vertige existentiel, en passant par une grammaire comique subtile que Gilligan avait déjà exploitée pour elle dans son précédent show. Sa performance a été récompensée par le Golden Globe de la meilleure actrice dans une série dramatique, ainsi que le Critics Choice Award équivalent.
Cette récompense était attendue depuis longtemps. Injustement passée à côté d’un Emmy pour Better Call Saul, Seehorn assume désormais le statut de tête d’affiche qu’elle méritait, avec un rôle taillé sur mesure par un scénariste qui la connaît par cœur. L’alchimie entre actrice et showrunner reste l’un des moteurs les plus fascinants de la télévision américaine contemporaine.
Pourquoi les critiques encensent la série
Le 98 % de Rotten Tomatoes sur 182 critiques n’est pas un accident. Plusieurs éléments se combinent. D’abord, la mise en scène : Gilligan conserve son goût des plans longs, des silences chargés et des tensions géographiques qu’il avait poussé à son maximum dans Better Call Saul. Chaque épisode est visuellement construit comme un petit film, avec une photographie signée Marshall Adams qui transforme les paysages désertiques du Nouveau-Mexique en personnages à part entière.
Ensuite, l’écriture. Gilligan refuse les raccourcis narratifs habituels du genre. La série prend son temps pour installer l’ambiance, laisse ses personnages respirer, explore méthodiquement les implications philosophiques de son concept. Plusieurs critiques ont comparé Pluribus à une version slow-burn de The Leftovers, avec la signature personnelle de Gilligan qui injecte de l’humour noir là où Damon Lindelof privilégiait la mélancolie pure. La comparaison est flatteuse et assez juste.
Que sait-on de la saison 2 ?
Apple TV+ a officialisé le renouvellement pour une saison 2 dès les premières semaines de diffusion, signe de la confiance dans le projet. Vince Gilligan a confirmé début 2026 que le travail d’écriture avait commencé, mais sans calendrier précis de tournage ni de diffusion. Les fans espèrent une suite pour fin 2026 ou début 2027, mais le rythme de production habituel du showrunner (plusieurs mois par épisode) rend plus probable une sortie en novembre 2027, trois ans exactement après le premier épisode de la série.
Cette cadence n’est pas une nouveauté. Better Call Saul s’étalait sur des saisons espacées de plus d’un an chacune, et la qualité finale justifiait toujours l’attente. Gilligan ne bâcle jamais un scénario pour répondre à une deadline streaming, ce qui lui a valu sa réputation et ce qu’Apple TV+ a manifestement décidé de respecter en signant la deuxième saison avant même la fin de la première.
Comment la série s’inscrit dans le catalogue Apple TV+
Pluribus vient renforcer un catalogue Apple déjà très qualitatif côté séries dramatiques. Entre la série Severance sur Apple TV+, Ted Lasso, The Morning Show et For All Mankind, la plateforme assume une ligne éditoriale premium qui n’a rien à envier à HBO. Avec Pluribus, elle décroche son premier prix majeur post-Ted Lasso et installe durablement son prestige dans les récompenses.
Stratégiquement, Apple pousse depuis fin 2025 une politique de co-diffusion (notamment via Prime Video en France depuis avril 2026) qui élargit la portée de ses séries phares. Pluribus en bénéficie de plein fouet, avec une audience qui a doublé en un trimestre grâce à la pluralité des plateformes d’accès. Les projections internes d’Apple évoquent déjà des audiences comparables à celles de Severance.
Comment regarder Pluribus en France
La série est intégralement disponible sur Apple TV+ avec le doublage français et les sous-titres. L’abonnement mensuel est fixé à 9,99 euros, avec un premier essai gratuit de 7 jours pour les nouveaux abonnés. Depuis avril 2026, il est également possible d’accéder à Apple TV+ via un abonnement complémentaire Prime Video, solution pratique pour les utilisateurs qui n’ont pas d’appareils Apple dans leur foyer.
Les 9 épisodes de la saison 1 durent en moyenne entre 55 minutes et 1h10, pour un total d’environ 9 heures de visionnage. Le rythme n’est pas celui d’un thriller à cliffhangers : mieux vaut prévoir une session de deux épisodes maximum par soir pour laisser la matière infuser. C’est une série qui demande de l’attention, pas un show à regarder d’un œil en faisant autre chose.
Les thèmes profonds que la série explore
Au-delà de son pitch de science-fiction, Pluribus questionne des thèmes contemporains saisissants. Qu’est-ce que l’individualité quand la majorité partage la même conscience ? Le bonheur collectif justifie-t-il la perte de soi ? Y a-t-il encore un intérêt à résister quand la résistance ne mène qu’à une solitude absolue ? Ces questions, Gilligan les tisse sans lourdeur, dans des dialogues tranchants et des scènes domestiques très simples où Carol tente de reproduire les gestes d’une vie normale.
La dimension politique affleure par intermittence, sans être didactique. On pense aux dérives des réseaux sociaux, à la pression du consensus, aux régimes totalitaires doux qui transforment la soumission en idéal. Les parallèles avec notre époque sont multiples, mais jamais soulignés au feutre : le showrunner laisse chaque spectateur faire ses propres connexions, une pudeur rare dans la science-fiction télévisée contemporaine.
Notre avis final
Pluribus est la meilleure surprise d’Apple TV+ depuis Severance. Vince Gilligan y prouve qu’il reste l’un des scénaristes les plus inventifs du paysage américain, Rhea Seehorn y trouve le rôle-titre qu’elle méritait depuis Kim Wexler, et Apple y ajoute une pièce maîtresse à son catalogue premium. La saison 2 est confirmée mais probablement pas avant fin 2027. D’ici là, les 9 épisodes disponibles constituent une expérience complète, intelligente et parfaitement calibrée pour qui aime les fictions contemplatives teintées d’humour noir. Si vous avez aimé Severance, Better Call Saul ou The Leftovers, foncez. Accessible sur Apple TV+ et Prime Video France depuis fin avril 2026 pour les abonnés au pack combiné. Les nouveautés séries de la plateforme peuvent attendre : commencez par celle-ci.
